Le ministère des Armées accélère sa transformation numérique

par | 9 04 2021 | Dossiers

Faciliter l’échange de données entre les équipes internes et avec le citoyen est un des objectifs stratégiques de la transformation numérique du ministère des Armées.

« Vaincre ensemble par le numérique ». Cette devise de la DSI du ministère des Armées résume parfaitement l’objectif de la transformation numérique de cette administration pas comme les autres. Entamé il y a une dizaine d’années, ce projet de digitalisation fera un grand bond en avant en 2021, en s’attaquant au Cloud, à l’IA et au Big Data.

Numériser le champ de bataille pour garantir la supériorité opérationnelle de nos forces armées; faciliter le quotidien du personnel administratif et améliorer la relation aux citoyens. Tels sont les principaux « objectifs stratégiques » de la transformation numérique du ministère des Armées.

Un projet pharaonique qui couvre les outils administratifs des agents, mais aussi le système d’information de l’État-Major des Armées (EMA), utilisé par les trois armées (Terre, Air et Marine) pour les opérations de terrain, le soutien ou le renseignement. La digitalisation concerne également les outils dédiés à la recherche scientifique et technologique, liée notamment à l’armement. Au total, ce sont 1 500 systèmes d’information et de communication qui sont concernés, ainsi que 200000 postes de travail, quatre data center et un réseau de communication IP international.

« La digitalisation du ministère est un long processus qui a débuté au milieu des années 2000, avec notamment la création de la Dirisi(1) en 2004 », rappelle Nicolas Fournier, à la tête la DSI groupe du ministère, baptisée DGNum(2). Depuis, la Dirisi est devenue l’opérateur interne du ministère chargé de gérer les réseaux, ainsi que l’hébergement des applications et données, notamment les quatre data centers du ministère. Autre étape majeure : la création du commandement de la cyberdéfense (Comcyber), en 2017, chargé de renforcer la protection des systèmes d’information des armées.

Mais c’est en 2018 qu’un coup d’accélérateur est donné à cette digitalisation des armées avec l’élaboration d’un « plan de transformation numérique ». Ce schéma directeur intègre de nombreuses actions à mener d’ici à 2022, pour rénover l’ensemble du SI, déployer de nouvelles technologies, développer les compétences numériques des agents et aussi ouvrir les données, afin qu’elles soient davantage partagées en interne, avec les partenaires comme avec les citoyens. Depuis trois ans, le ministère a déjà modernisé de nombreux outils, dont le très impopulaire logiciel de paie Louvois, qui accumulait les problèmes techniques. Il a été remplacé par «Source Solde», une application bien plus efficiente et fiable que le précédent système. L’infrastructure réseau a également commencé à évoluer vers le Cloud, afin de mutualiser les ressources et gagner en performance. Quant aux applications métier, elles sont également en cours de mise à niveau, avec la volonté d’en maximiser la mutualisation. L’idée étant de ne plus multiplier des solutions redondantes et d’évoluer vers des outils partagés par les différentes entités du ministère.

La transformation numérique du ministère des Armées couvre également le système d’information des trois armées (Terre, Air et Marine), exploité durant leurs opérations.

S’attaquer aux «projets numériques à gros enjeux»

En cette année 2021, le ministère des Armées entend franchir une nouvelle étape majeure dans son projet de digitalisation. Alors que la modernisation de l’existant se poursuit, il veut accélérer la mise en œuvre de « projets numériques complexes ou à gros enjeux ».

Pour cela, une nouvelle structure dédiée à la conduite de projets va être créée, l’« Agence du numérique de défense » (AND). Annoncée à la fin 2019 par Florence Parly, ministre des Armées, l’AND doit être opérationnelle d’ici au printemps prochain. Il ne s’agit pas d’une entité créée ex nihilo, avec des agents dédiés, mais plutôt d’une nouvelle organisation pour les équipes existantes avec un mode de gouvernance innovant. Jusqu’alors, bon nombre de projets de transformation numérique étaient conduits par des équipes dispersées dans tout le ministère et coordonnées par la DGNum. Mais à mesure que cette numérisation se complexifie et se généralise aux quelque deux cents métiers que compte cette administration, la DSI groupe ne pouvait plus tenir la barre seule. « Nous sommes une DSI groupe composée d’une soixantaine d’agents. C’est une équipe relativement compacte pour un ministère qui regroupe plus de 270000 agents civils et militaires. Pour répondre aux besoins grandissant de digitalisation des métiers, il fallait une nouvelle organisation », explique Nicolas Fournier.

La nouvelle agence va donc fédérer toutes les ressources disponibles en matière de conduite de projets numériques à gros enjeux. La Dirisi, le Comcyber et la DGNum seront mis à contribution, ainsi que l’« unité de management du socle numérique» (UM SNum) qui compte 150 développeurs (build et run) travaillant notamment sur les couches logicielles basses.

« L’AND va aussi fédérer plus d’une centaine d’agents travaillant dans les équipes informatiques locales, aujourd’hui dispersées sur l’ensemble du territoire », poursuit Nicolas Fournier. « Le ministère est en effet fortement territorialisé et des équipes informatiques travaillent au plus près des pôles métier. Par exemple : nos équipes RH sont rassemblées à Tours et celles liées à la logistique navale sont implantées à Brest et Toulon. L’idée n’est pas de déplacer tout le monde, mais de coordonner des projets à distance. Cela permettra de regrouper des projets informatiques ayant des éléments en commun, afin d’optimiser les développements et de mutualiser les ressources.»

Côté «reporting », l’AND innove en reposant sur une gouvernance collégiale. L’agence sera ainsi supervisée par un «conseil d’orientation et de gestion», sorte de comité de direction comparable à ceux de grands groupes privés. Y seront représentés l’ensemble de ses «clients internes» : états-majors, directions et services du ministère. « Ce comité sera présidé par le délégué général pour l’armement (DGA), mais en associant toutes les parties prenantes liées à la digitalisation du ministère. Elles ont ainsi toutes voix au chapitre, ce qui est une innovation importante en termes de gouvernance. Je siégerai bien entendu à ce comité pour représenter la DSI groupe et participer à la définition des grands axes stratégiques », souligne Nicolas Fournier.

Cloud, IA et Big Data

Quels seront les premiers grands travaux de l’AND? Elle va tout d’abord poursuivre l’évolution de l’infrastructure réseau et de l’hébergement vers le Cloud. L’idée directrice est de développer une offre de Cloud hybride qui permette de « disposer de la bonne solution en fonction des usages prévus et de la sensibilité des données ». Trois types de Cloud sont donc prévus. Le premier est un «Cloud interne», dédié aux données et applications sensibles. « Hébergé par l’administration, ce Cloud sera conforme aux exigences régaliennes de sécurité », souligne la DGNum.

Un « Cloud dédié » doit quant à lui héberger les données et applications de sensibilité moindre. Il doit reposer sur une offre externe personnalisée pour les besoins du ministère et hébergé sur des infrastructures dédiées. L’Anssi en supervisera la sécurité. Enfin, un «Cloud externe», basé sur des offres de Cloud public, doit être constitué pour les données et applications non sensibles. Ce Cloud externe hébergera notamment de la data partagée avec des tiers pour «favoriser l’innovation».

Autre grand chantier : déployer des technologies de rupture. Il s’agit principalement du Big Data et de l’Intelligence artificielle (IA). Sur le plus long terme, des projets autour de l’Internet des objets sont également en cours de réflexion.

Enfin, les évolutions futures du logiciel de paie Source Solde seront confiées à l’AND. Tout comme la gestion du SI des armées, qui groupe la conduite des opérations militaires et le renseignement des trois armées. « Cette nouvelle organisation autour de la conduite de projets va accélérer considérablement notre digitalisation et permettre au ministère des Armées de gagner en simplicité, en rapidité et en efficacité », conclut Nicolas Fournier.


1 : Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’informations de la défense

2 : Direction générale du numérique et des systèmes d’information et de communication

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